Consommer de la viande rouge impacte notre santé et la santé de la planète

1 Juin 2017

Consommer de la viande rouge ou transformée impacte notre santé et la santé de la planète : quand allons-nous changer d’attitude ?

 

26 mai 2017, Univadis Actualités Médicales (lien Univadis)

Par Nathalie Barrès

L’éditorial du professeur en épidémiologie John D Potter, publié le 9 mai dernier dans la revue British Medical Journal, en dit long sur notre époque et sur les changements qui doivent s’opérer dans notre assiette…

JD Potter rappelle qu’une étude récente du National Institute of Health (NIH)-AARP a montré que la mortalité était supérieure chez les personnes qui consommaient des quantités importantes de viande. Une autre étude publiée en mai 2017 dans le British Medical Journal a montré une association entre la consommation de viande rouge et de viande (blanche ou rouge) transformée et la mortalité toutes causes confondues ou celle spécifiquement liée à une maladie cardiovasculaire, un diabète, au cancer, ou encore suite à une maladie rénale, hépatique ou pulmonaire. Les auteurs de cette étude ont évoqué le rôle potentiel du fer et des nitrates/nitrites provenant des procédés de fabrication.

S’appuyant sur différentes publications, JD Potter mentionne que la viande rouge et les viandes transformées sont délétères pour la santé humaine par plusieurs points, notamment la dégradation des protéines, la présence d’acides gras saturés, de composés N-nitrosés, la présence d’agents cancérigènes liés au mode de cuisson, la L-carnitine et ses interactions avec le microbiote, les contaminants liés à l’alimentation et la réduction en parallèle de la consommation en végétaux. Pour l’auteur, cela ressemble à un « meurtre à l’ancienne avec trop de suspects »…

Quel est constat pour l’Homme et pour la planète ?

Sans remonter aux primates qui étaient soit végétariens (comme les gorilles), soit consommateurs occasionnels de viande (chimpanzés, bonobos), nos ancêtres étaient d’abord des consommateurs quasi-exclusifs de végétaux avant de manger de la viande avec parcimonie une fois par semaine ou moins (soit l’équivalent de 5-10 kg/personne/an)1. La consommation actuelle au sein des pays riches est sans précédent. Elle atteint 110 à 120 kg/personne/an aux Etats-Unis, en Australie et en Nouvelle-Zélande2. L’élevage a colonisé plus de 30% de la surface du globe, et 33% des terres arables sont utilisées pour nourrir ces animaux3. Les animaux d'élevage pour la viande ou produisant du lait représentent environ 20% de la biomasse totale des animaux terrestres, soit environ quatre fois la biomasse des humains3.

Cette surconsommation présente des conséquences pour l'Homme, non seulement sur la mortalité, mais également sur le développement sexuel, la résistance aux antibiotiques, la disponibilité de l’alimentation humaine et les risques d’infections alimentaires…

La planète est également fortement impactée par les dommages liés à la surconsommation de viande : épuisement des réserves en eau (110.000 L d’eau sont nécessaires pour produire 1 kg de protéines animales4), production de 37% du méthane anthropogénique (qui présente un potentiel de réchauffement planétaire 23 fois supérieur au CO2), et de 65% de l’oxyde nitreux anthropogénique (dont le potentiel de réchauffement climatique environ 300 fois supérieur au CO2). Sans compter la pollution des eaux souterraines, et les 64% d'émissions anthropogéniques d’ammoniaque qui contribuent aux pluies acides et à l’acidification de l’écosystème3.

La combinaison de la destruction de la forêt tropicale pour le bétail et de la production de gaz à effet de serre contribuerait davantage aux changements climatiques que les combustibles fossiles utilisés pour les transports3.

La consommation excessive de viande est délétère pour la santé de l’Homme et pour notre planète. La communauté scientifique fournit des éléments pour une politique fondée sur des données probantes, mais l’action ne suit pas…

JD Potter conclut en incitant à passer à l’action maintenant pour réduire la consommation de viande ou… d’attendre l’appauvrissement de notre planète, des sociétés et de la santé humaine.

Références

Potter JD et al. Red and processed meat, and human and planetary health. BMJ 2017;357:j2190 doi: 10.1136/bmj.j2190.

Autres publications mentionnées :

1-Smil V. Eating Meat: Evolution, Patterns, and Consequences. Popul Dev Rev 2002;28:599-639doi:10.1111/j.1728-4457.2002.00599.x.

2-Espinel P, Innes-Hughes C. Apparent consumption of selected foods and household food expenditure. Monitoring Update. PANORG. University of Sydney, 2010.

3-Steinfeld H, Gerber P, Wassenaar T, et al. Livestock’s Long Shadow: Environmental issues and options. FAO, 2006.

4-Mekonnen MM, Hoekstra AY. The green, blue and grey water footprint of farm animals and animal products. Value of Water Research Report Series. UNESCO-IHE, 2010.